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Section 2.2 Équivalence logique et formes normales

On peut créer une infinité d’énoncés à l’aide des différents connecteurs logiques. Mais pour un nombre de variables propositionnelles donné, il n’existe qu’un nombre fini de combinaisons des valeurs de vérité de ces variables. Par exemple, avec deux variables \(p,q\text{,}\) on peut former les combinaisons \(V\text{-}V, V\text{-}F,F\text{-}V,F\text{-}F\text{.}\) Pour chacune de ces possibilités, la proposition moléculaire étudiée a deux possibilités, vraie ou fausse. C’est donc dire qu’il n’existe que \(16\) propositions distinctes qui utilisent deux variables propositionnelles.
Il existe donc une forme d’équivalence entre certaines propositions. On cherchera à établir des outils qui permettront d’établir ces équivalences. La table de vérité en est un, mais on verra qu’en pratique, elle n’est pas toujours une bonne option. On continuera aussi à voir un certain parallèle entre la logique mathématique et la théorie des ensembles.
Dans cette section, on définit les notions de tautologie, de contradiction et d’équivalence logique. On établit différentes règles de simplification, dont les lois de De Morgan. Finalement, on définit la forme normale conjonctive.

Sous-section 2.2.1 Équivalence logique

Parmi toutes les propositions qui existent, peu importe les valeurs assignées aux variables propositionnelles, il y en a une qui est toujours vraie et une qui est toujours fausse. Le cas le plus simple d’une proposition toujours vraie est \(p\vee \neg p\) et la plus simple proposition toujours fausse est \(p\wedge \neg p\text{.}\)

Définition 2.2.1. Tautologie et contradiction.

Une proposition qui est toujours vraie peu importe la valeur de vérité des morceaux qui la composent est appelée une tautologie. Une proposition qui est toujours fausse quant à elle est appelée une contradiction.
Pour dénoter une tautologie et une contradiction, on écrira parfois respectivement \(V\) et \(F\text{,}\) pour vraie et fausse.
La proposition analysée à l’exemple 2.1.7 était un exemple plus complexe de tautologie mettant en jeu deux variables propositionnelles.
La négation d’une tautologie est une contradiction et la négation d’une contradiction est une tautologie.
Des propositions sont équivalentes si elles sont vraies en même temps. On utilise la notion de tautologie pour énoncer cela.

Définition 2.2.2. Propositions équivalentes.

Soit \(p,q\) deux propositions. On dit que \(p\) est équivalente à \(q\text{,}\) et on écrit \(p\equiv q\text{,}\) si \(p\leftrightarrow q\) est une tautologie.
On utilise la définition pour montrer que la négation d’une disjonction est la conjonction des négations. Cette propriété est l’une des deux lois de De Morgan pour la logique, analogues à celles de la théorie des ensembles.

Exemple 2.2.3. La négation d’une disjonction.

Dans l’exercice 2.1.5.6, on a montré que la proposition \(\neg(p\vee q)\) était équivalente à \(\neg p \wedge \neg q\text{.}\) On montre que c’est le cas en exhibant la tautologie.
Solution.
Voici la table de vérité de \(\neg(p\vee q)\leftrightarrow (\neg p \wedge \neg q) \text{.}\)
Table 2.2.4. Équivalence entre négation de la disjonction et conjonction des négations
\(p\) \(q\) \(\neg p\) \(\neg q\) \(p\vee q\) \(\neg (p\vee q)\) \(\neg p \wedge \neg q\) \(\neg (p\vee q) \leftrightarrow (\neg p\wedge \neg q)\)
V V F F V F F V
V F F V V F F V
F V V F V F F V
F F V V F V V V
On peut donc dire que \(\neg(p\vee q)\equiv\neg p \wedge \neg q\text{.}\)
On peut établir l’autre loi de De Morgan, ainsi que d’autres équivalences simples avec les opérateurs logiques. Elles sont données dans la liste ci-dessous. Noter la ressemblance avec les propriétés des opérations sur les ensembles.
Liste 2.2.5. Équivalences logiques de base
  1. Les propriétés d’identité:
    • \(\displaystyle p\vee F \equiv p\)
    • \(\displaystyle p\wedge V \equiv p\)
  2. Les propriétés d’idempotence:
    • \(\displaystyle p\vee p \equiv p\)
    • \(\displaystyle p\wedge p \equiv p\)
  3. Les propriétés de domination:
    • \(\displaystyle p\vee V\equiv V\)
    • \(\displaystyle p\wedge F\equiv F\)
  4. Les propriétés de négation:
    • \(\displaystyle \neg(\neg p)\equiv p\)
    • \(\displaystyle p\vee \neg p \equiv V\)
    • \(\displaystyle p\wedge \neg p\equiv F\)
  5. Les propriétés d’absorption:
    • \(\displaystyle p\vee(p\wedge q)\equiv p\)
    • \(\displaystyle p\wedge(p\vee q)\equiv p\)
  6. Les propriétés de commutativité:
    • \(\displaystyle p\vee q\equiv q\vee p\)
    • \(\displaystyle p\wedge q\equiv q\wedge p\)
  7. Les propriétés d’associativité:
    • \(\displaystyle p\vee (q\vee r)\equiv (p\vee q)\vee r\)
    • \(\displaystyle p\wedge (q\wedge r)\equiv (p\wedge q)\wedge r\)
  8. Les propriétés de distributivité
    • \(\displaystyle p\vee (q\wedge r)\equiv (p\vee q)\wedge (p\vee r)\)
    • \(\displaystyle p\wedge (q\vee r)\equiv (p\wedge q)\vee (p\wedge r)\)
  9. Les lois de De Morgan:
    • \(\displaystyle \neg(p\wedge q)\equiv \neg p\vee \neg q\)
    • \(\displaystyle \neg(p\vee q)\equiv \neg p\wedge \neg q\)
En particulier, les lois de De Morgan sont utiles pour déterminer la négation d’expressions complexes, autant en symboles logiques qu’en expressions courantes.

Exemple 2.2.6. Applications des lois de De Morgan.

On cherche à écrire la négation des propositions suivantes en s’assurant que le symbole \(\neg\) ne soit que directement collé à une variable et sans double négation.
  1. \(\displaystyle (\neg p\vee q)\wedge (p\wedge \neg r)\)
  2. \(\displaystyle \neg (p\wedge q)\vee (r\vee q)\)
  3. Je vais prendre des sushis au saumon et au thon ou un bol poke avec un rouleau de printemps.
Solution.
Pour des propositions complexes, il peut être utile de les décomposer en morceaux avec d’appliquer une règle ou une propriété sur chacun des morceaux et d’ensuite réécrire. Les solutions suivantes illustrent cela.
  1. On pose \(P=(\neg p \vee q)\) et \(Q=p\wedge \neg r\text{.}\) La proposition à nier est équivalente à \(P\wedge Q\text{.}\) Selon la loi de De Morgan pour la conjonction, on a
    \begin{equation*} \neg(P\wedge Q)\equiv\neg P\vee \neg Q\text{.} \end{equation*}
    On doit maintenant écrire les négations respectives de \(P\equiv\neg p \vee q\) et \(Q\equiv p\wedge \neg r\text{.}\) Pour \(P\text{,}\) on a
    \begin{align*} \neg P&\equiv\neg (\neg p\vee q)\\ &\equiv(\neg (\neg p))\wedge \neg q & & \text{selon } \knowl{./knowl/xref/li-oplogDeMorgan.html}{\text{2.2.5:9}}\\ &\equiv p\wedge \neg q && \text{selon } \knowl{./knowl/xref/li-oplogcomp.html}{\text{2.2.5:4}}\text{.} \end{align*}
    Pour \(Q\text{,}\)
    \begin{align*} \neg Q&\equiv\neg(p\wedge \neg r)\\ &\equiv(\neg p)\vee(\neg (\neg r))& & \text{selon } \knowl{./knowl/xref/li-oplogDeMorgan.html}{\text{2.2.5:9}}\\ &\equiv \neg p\vee r && \text{selon } \knowl{./knowl/xref/li-oplogcomp.html}{\text{2.2.5:4}}\text{.} \end{align*}
    Finalement en combinant le tout, on obtient
    \begin{equation*} \neg((\neg p\vee q)\wedge (p\wedge \neg r))=(p\wedge \neg q )\vee (\neg p\vee r)\text{.} \end{equation*}
  2. D’une manière similaire, on pose \(P=\neg (p\wedge q)\) et \(Q=r\vee q\) de sorte \(\neg (p\wedge q)\vee (r\vee q)=P\vee Q\text{.}\) Selon la loi de De Morgan pour la conjonction, on a
    \begin{equation*} \neg(P\vee Q)\equiv\neg P\wedge \neg Q\text{.} \end{equation*}
    On doit maintenant écrire les négations respectives de \(P=\neg (p \wedge q)\) et \(Q=r\vee q\text{.}\) Pour \(P\text{,}\) on a
    \begin{align*} \neg P&\equiv\neg \neg (p \wedge q)\\ &\equiv p \wedge q && \text{selon } \knowl{./knowl/xref/li-oplogcomp.html}{\text{2.2.5:4}}\text{.} \end{align*}
    Pour \(Q\text{,}\)
    \begin{align*} \neg Q&\equiv\neg(r\vee q)\\ &\equiv\neg r\wedge \neg q& & \text{selon } \knowl{./knowl/xref/li-oplogDeMorgan.html}{\text{2.2.5:9}}\text{.} \end{align*}
    En combinant le tout , on a
    \begin{equation*} \neg (\neg (p\wedge q)\vee (r\vee q))\equiv (p \wedge q)\wedge (\neg r\wedge \neg q)\text{.} \end{equation*}
  3. Pour cette proposition, on commence par définir des variables. On pose
    \begin{gather*} s=\text{Je vais prendre des sushis au saumon.}\\ t=\text{Je vais prendre des sushis au thon.}\\ p=\text{Je vais prendre un bol poke.}\\ r=\text{Je vais prendre un rouleau de printemps.} \end{gather*}
    La proposition peut donc être écrite comme étant \((s\wedge t)\vee (p\wedge r)\text{.}\) Selon De Morgan, la négation de l’union devient
    \begin{equation*} \neg(s\wedge t)\vee (p\wedge r)\equiv\neg(s\wedge t)\wedge \neg(p\wedge r)\text{.} \end{equation*}
    Toujours selon De Morgan, les intersections deviennent respectivement
    \begin{equation*} \neg(s\wedge t)\equiv\neg s\vee \neg t \end{equation*}
    et
    \begin{equation*} \neg(p\wedge r)\equiv\neg p\vee \neg r\text{.} \end{equation*}
    On obtient alors \(\neg((s\wedge t)\vee (p\wedge r))\equiv(\neg s\vee \neg t)\wedge \neg p\vee \neg r\text{.}\)
    Individuellement, on peut traduire la négation des quatre propositions initiales par
    \begin{align*} \neg s&\equiv\text{Je ne prendrai pas de sushis au saumon.}\\ \neg t&\equiv\text{Je ne prendrai pas de sushis au thon.}\\ \neg p&\equiv\text{Je ne prendrai pas de bol poke.}\\ \neg r&\equiv\text{Je ne prendrai pas de rouleau de printemps.} \end{align*}
    Au final, la négation de la proposition serait “Je ne prendrai pas de sushis au saumon ou au thon et je ne prendrai pas de bol poke ou de rouleau de printemps.”; ce à quoi l’auteur répondrait de considérer de changer de restaurant!
    On a choisi de considérer le “ou” comme étant inclusif ici, d’une part parce que cela simplifie le problème en fonction de ce qui a été vu et d’autre part, il n’est pas déraisonnable qu’une personne commande à la fois des sushis et un bol poke ou un rouleau de printemps.
À l’exercice 2.1.5.11, on a montré comment on pouvait démontrer l’égalité de deux ensembles à l’aide de l’écriture logique. On regarde un autre exemple ci-dessous.

Exemple 2.2.7. L’égalité de deux ensembles d’un point de vue logique.

Soit \(A,B\) deux ensembles. On veut montrer que
\begin{equation*} (A-B)^c=A^c\cup B \end{equation*}
en utilisant un argument de logique mathématique.
Solution.
La différence de deux ensembles s’écrit d’un point de vue logique comme
\begin{equation*} A-B=\{x~|~ x\in A\wedge x\notin B\}\text{.} \end{equation*}
On cherche le complément de cet ensemble, et donc la négation de la proposition \(x\in A\wedge x\notin B\text{.}\) On a
\begin{align*} (A-B)^c&=\{x~|~ \neg(x\in A\wedge x\notin B)\}\\ &=\{x~|~ \neg(x\in A)\vee \neg (x\notin B)&& \text{Selon De Morgan} \knowl{./knowl/xref/li-oplogDeMorgan.html}{\text{2.2.5:9}}\\ &=\{x~|~ x\notin A \vee x\in B\} && \text{La négation de la relation d'appartenance est la non appartenance et vice-versa}\\ &= A^c\cup B&&\text{Définition de l'union et du complément}\text{.} \end{align*}

Sous-section 2.2.2 Formes normales

Jusqu’à maintenant, on a défini la notion de négation ainsi que les connecteurs de disjonction, conjonction et implication. Avec l’implication, on a aussi établi la double implication à l’aide d’une conjonction. On peut réécrire les implications simple et double en n’utilisant que les symboles \(\neg, \vee\) et \(\wedge\text{.}\) On pourra aussi faire la même chose avec le “ou exclusif” (voir l’exercice 2.2.4.6).

Exemple 2.2.8. L’implication, sans flèche.

On considère la proposition \(p\rightarrow q\text{.}\) On veut la réécrire en n’utilisant que des symboles parmi \(\neg,\vee, \wedge\text{.}\) Pour cela, on s’inspire de sa négation obtenue à l’exercice 2.1.5.7.
Solution.
Selon l’exercice 2.1.5.7, il est possible d’écrire
\begin{equation*} \neg (p\rightarrow q)\equiv p\wedge \neg q\text{.} \end{equation*}
Si on nie à nouveau cette équivalence, on devrait pouvoir réécrire l’implication sans flèche. Ainsi
\begin{align*} p\rightarrow q&\equiv\neg \neg (p\rightarrow q) \\ &\equiv\neg (p\wedge \neg q) && \text{Selon } \knowl{./knowl/xref/exo-negimplication.html}{\text{2.1.5.7}}\\ &\equiv \neg p \vee \neg\neg q && \text{Selon De Morgan } \knowl{./knowl/xref/li-oplogDeMorgan.html}{\text{2.2.5:9}} \\ &\equiv \neg p \vee q && \text{Selon } \knowl{./knowl/xref/li-oplogcomp.html}{\text{2.2.5:4}}\text{.} \end{align*}
On peut donc dire que \(p\rightarrow q\equiv \neg p\vee q\text{.}\)
Toute proposition logique peut s’écrire en utilisant uniquement les symboles \(\neg, \vee,\wedge\text{.}\) Une proposition ainsi écrite sera dite sous forme normale. On distinguera deux formes particulières.
On exige dans un premier temps que toute négation affecte seulement une variable, quitte à utiliser les lois de De Morgan si nécessaire. Par la suite, la forme normale disjonctive est écrite comme un certain nombre de conjonctions (\(\wedge\)) connectées par des disjonctions (\(\vee\)), alors que la forme normale conjonctive est écrite comme un certain nombre de disjonctions connectées par des conjonctions. Par exemple,
\begin{equation*} (\neg p\wedge q \wedge \neg r)\vee (p\wedge \neg q) \end{equation*}
est une forme normale disjonctive alors que
\begin{equation*} (p\vee \neg q)\wedge \neg r \end{equation*}
est une forme normale conjonctive. Par contre,
\begin{equation*} \neg(p\vee q)\vee (r\wedge \neg q) \end{equation*}
et
\begin{equation*} ((p\wedge q)\vee r)\wedge (q\vee \neg r) \end{equation*}
n’en sont pas. La première possède une négation qui affecte plus d’une variable, alors que la seconde contient une parenthèse ayant à la fois une conjonction et une disjonction.
Pour obtenir des formes normales à partir des expressions ci-dessus, il faut utiliser les lois de De Morgan et de distributivité.

Exemple 2.2.9. Transformer des propositions sous formes normales.

On reprend les deux propositions
\begin{equation*} \neg(p\vee q)\vee (r\wedge \neg q) \end{equation*}
et
\begin{equation*} ((p\wedge q)\vee r)\wedge (q\vee \neg r)\text{.} \end{equation*}
On veut les écrire sous l’une des deux formes normales.
Solution.
Il faut utiliser la loi de De Morgan afin d’enlever la négation devant la première parenthèse. Celle-ci devient
\begin{equation*} \neg(p\vee q)\equiv\neg p \wedge \neg q\text{.} \end{equation*}
On peut ensuite réécrire la proposition comme étant
\begin{equation*} \neg(p\vee q)\vee (r\wedge \neg q)\equiv(\neg p \wedge \neg q)\vee (r\wedge \neg q)\text{,} \end{equation*}
qui est une forme normale disjonctive.
Pour la seconde proposition, il faut distribuer la disjonction dans l’expression \((p\wedge q)\vee r\text{.}\) En utilisant la distributivité, on obtient
\begin{equation*} (p\wedge q)\vee r\equiv(p\vee r)\wedge (q\vee r)\text{.} \end{equation*}
En combinant avec le reste de la proposition initiale, on a
\begin{equation*} ((p\wedge q)\vee r)\wedge (q\vee \neg r)\equiv (p\vee r)\wedge (q\vee r)\wedge (q\vee \neg r)\text{,} \end{equation*}
qui est une forme normale conjonctive.
Pour obtenir les formes normales, on peut utiliser les différentes propriétés des connecteurs logiques jusqu’à l’obtention de la forme souhaitée, comme à l’exemple 2.2.9, ou utiliser une table de vérité. La table de vérité est particulièrement utile pour trouver la forme normale disjonctive d’une proposition.
En effet, la forme normale disjonctive est un ensemble de sous-propositions connectées par des \(\vee\text{.}\) À partir de la table de vérité d’une proposition, il suffit donc de connecter ensemble les lignes qui rendent la proposition vraie. Ceci est illustré à l’exemple suivant.

Exemple 2.2.10. Forme normale disjonctive à partir de la table de vérité.

On reprend la proposition \(((p\wedge q)\vee r)\wedge (q\vee \neg r)\text{,}\) dont une forme normale conjonctive a été trouvée à l’exemple 2.2.9. La table de vérité de cette proposition est donnée ci-dessous.
Table 2.2.11. Table de vérité de \(((p\wedge q)\vee r)\wedge (q\vee \neg r)\)
\(p\) \(q\) \(r\) \(\neg r\) \(p\wedge q\) \(q\wedge \neg r\) \((p\wedge q)\vee r\) \(((p\wedge q)\vee r)\wedge (q\wedge \neg r)\)
V V V F V F V F
V V F V V V V V
V F V F F F F F
V F F V F F F F
F V V F F F F F
F V F V F V V V
F F V F F F F F
F F F V F F F F
On cherche une forme normale disjonctive,
Solution.
En regardant la table de vérité, on cible les lignes qui rendent la proposition vraie. Il y a lorsque \(p,q\) et \(\neg r\) sont vraies, de même que lorsque \(\neg p, q\) et \(\neg r\text{.}\) La proposition peut donc s’écrire de manière équivalente comme
\begin{equation*} ((p\wedge q)\vee r)\wedge (q\wedge \neg r)\equiv (p\wedge q\wedge \neg r)\vee (\neg p\wedge q\wedge \neg r)\text{.} \end{equation*}
Pour obtenir la forme normale conjonctive à partir de la table de vérité, il faut travailler un peu plus fort. On utilise le fait que De Morgan transforme les \(\wedge\) en \(\vee\) et vice-versa par le biais de la négation. En prenant la forme disjonctive de la négation d’une proposition et en la niant à son tour, on obtiendra la forme conjonctive de la proposition originale.

Exemple 2.2.12. Forme normale conjonctive à partir de la table de vérité.

On reprend la proposition \(\neg (p\vee q)\vee (r\wedge \neg q)\text{,}\) dont une forme normale disjonctive a été trouvée à l’exemple 2.2.9. La table de vérité de cette proposition est donnée ci-dessous.
Table 2.2.13. Table de vérité de \(\neg (p\vee q)\vee (r\wedge \neg q)\)
\(p\) \(q\) \(r\) \(\neg q\) \(p\vee q\) \(\neg (p\vee q)\) \(r\wedge \neg q\) \(\neg (p\vee q)\vee(r\wedge \neg q)\)
V V V F V F F F
V V F F V F F F
V F V V V F V V
V F F V V F F F
F V V F V F F F
F V F F V F F F
F F V V F V V V
F F F V F V F V
On cherche une forme normale conjonctive.
Solution.
On considère la négation de la proposition initiale. Cette négation est vraie aux lignes \(1,2,4,5,6\) de la table de vérité. On peut, à la manière de l’exemple 2.2.10 dire que
\begin{equation*} \neg(\neg (p\vee q)\vee (r\wedge \neg q))\equiv (p\wedge q\wedge r)\vee (p\wedge q\wedge \neg r)\vee (p\wedge \neg q\wedge \neg r)\vee (\neg p\wedge q\wedge r)\vee (\neg p \wedge q \wedge \neg r)\text{.} \end{equation*}
Pour retrouver la forme conjonctive de la proposition initiale, on nie l’équivalence ci-dessus. On a alors
\begin{align*} \neg (p\vee q)\vee (r\wedge \neg q)&\equiv\neg((p\wedge q\wedge r)\vee (p\wedge q\wedge \neg r)\vee (p\wedge \neg q\wedge \neg r)\vee (\neg p\wedge q\wedge r)\vee (\neg p \wedge q \wedge \neg r))\\ &\equiv \neg(p\wedge q\wedge r)\wedge \neg(p\wedge q\wedge \neg r)\wedge \neg(p\wedge \neg q\wedge \neg r)\wedge \neg(\neg p\wedge q\wedge r)\wedge \neg(\neg p \wedge q \wedge \neg r)\\ &\equiv (\neg p\vee \neg q\vee \neg r)\wedge (\neg p\vee \neg q\vee r)\wedge (\neg p\vee q\vee r)\wedge ( p\vee\neg q\vee \neg r)\wedge ( p \vee\neg q \vee r)\text{,} \end{align*}
où on a utilisé De Morgan pour transformer les négations.
En adoptant une convention, une équipe de programmeurs peut tirer avantage d’avoir des expressions sous forme normale. En particulier cela peut faciliter la mise à jour du code, car tout est uniforme.
Les points importants de cette section sont:

Questions de compréhension de la lecture 2.2.3 Questions de compréhension de la lecture

Ces questions sont à faire avant de venir en classe et à remettre au début du cours.

2.

Montrer que \(\neg(p\oplus q)\) est logiquement équivalent à \(p\leftrightarrow q\text{.}\)

3.

Montrer que \((\neg p \wedge q)\wedge (p\vee \neg q)\) est une contradiction.

4.

Déterminer si \(p\rightarrow (q\vee r)\) est équivalent à \((p\rightarrow q)\vee (p\rightarrow r)\text{,}\) à savoir si l’implication se distribue sur la disjonction.

5.

Soit \(p,q,r\) des variables propositionnelles. Donner une proposition moléculaire formée à partir de \(p,q,r\) qui est vraie quand exactement deux variables sont vraies et fausse dans les autres cas.
Indice.

6.

Transformer l’expression \((\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee q)\) en l’une des formes normales en utilisant les propriétés (pas de table de vérité).

7.

Noter toute question qui demeure suite à la lecture de la section et la résolution des exercices ci-dessus ou toute précision/clarification à apporter. Note: cette question est facultative.

Exercices 2.2.4 Exercices

À faire en classe.

Ces exercices sont faits pour travailler en classe. Ils servent à approfondir les notions de la section et à atteindre les objectifs d’apprentissage plus avancés.
1.
Déterminer si les expressions suivantes sont des tautologies, des contradictions ou des propositions quelconques.
(a)
\(p\wedge \neg (q\rightarrow p)\)
Solution.
On montre que cette proposition est une contradiction. En effet, on a montré, à l’exemple 2.2.8, que \(p\rightarrow q \equiv \neg p \vee q \text{.}\) Ainsi,
\begin{align*} p \wedge \neg(q\rightarrow p) &\equiv p\wedge \neg(\neg q \vee p)\\ &\equiv p \wedge (\neg\neg q \wedge \neg p)&& \text{ par De Morgan.}\\ &\equiv p \wedge q\wedge \neg p &&\text{ par la négation et l'associativité.}\\ &\equiv p \wedge \neg p \wedge q &&\text{ par commutativité.}\\ &\equiv F \wedge q \equiv F &&\text{ par la négation et la domination.} \end{align*}
(b)
\(((p\rightarrow q)\wedge \neg q)\rightarrow \neg p\)
Solution.
On veut montrer que cette proposition est une tautologie. On a:
\begin{align*} ((p\rightarrow q)\wedge \neg q)\rightarrow \neg p & \equiv \neg((\neg p \vee q)\wedge \neg q) \vee \neg p \\ & \equiv (\neg(\neg p \vee q)\vee \neg\neg q) \vee \neg p && \text{par De Morgan.} \\ &\equiv ((\neg\neg p \wedge \neg q)\vee q) \vee \neg p && \text{par De Morgan.} \\ &\equiv ((p \wedge \neg q)\vee q) \vee \neg p \\ &\equiv ((p\vee q) \wedge (\neg q\vee q)) \vee \neg p && \text{par la distributivité.} \\ &\equiv ((p\vee q) \wedge V ) \vee \neg p &&\text{par domination.} \\ &\equiv p\vee q \vee \neg p &&\text{par identité et associativité.} \\ &\equiv p\vee \neg p \vee q &&\text{par commutativité.} \\ &\equiv V \vee q &&\text{par les propriétés de négation.}\\ &\equiv V &&\text{par domination.} \end{align*}
Ainsi, cette proposition est une tautologie.
(c)
\(((p\rightarrow q)\vee \neg q)\rightarrow p\)
Solution.
À l’aide d’une table de vérité, on peut voir que cette proposition est quelconque (ni une tautologie ni une contradiction).
Table 2.2.14. Table de vérité de \(((p\rightarrow q)\vee \neg q)\rightarrow p \)
\(p\) \(q\) \(\neg q\) \((p\rightarrow q)\) \((p\rightarrow q)\vee \neg q\) \(((p\rightarrow q)\vee \neg q)\rightarrow p \)
V V F V V V
V F V F V V
F V F V V F
F F V V V F
On remarque que cette proposition est équivalente à \(p\text{.}\)
(d)
\((p\wedge (p\rightarrow q))\rightarrow q\)
Solution 1.
On veut montrer que cette proposition est une tautologie à l’aide des propriétés. On a
\begin{align*} (p\wedge (p\rightarrow q))\rightarrow q &\equiv \neg(p\wedge (\neg p\vee q))\vee q\\ &\equiv \neg((p\wedge\neg p) \vee (p\wedge q) )\vee q &&\text{par distributivité.}\\ &\equiv \neg( F \vee (p\wedge q) )\vee q &&\text{par les propriétés de la négation.}\\ & \equiv \neg( p\wedge q )\vee q &&\text{par la propriété de l'identité.}\\ &\equiv \neg p \vee (\neg q \vee q) &&\text{par De Morgan et associativité.}\\ &\equiv \neg p \vee V &&\text{par les propriétés de la négation.}\\ &\equiv V &&\text{par domination.} \end{align*}
Ainsi, cette proposition est toujours vraie, et donc est une tautologie.
Solution 2.
On veut montrer que cette proposition est une tautologie à l’aide d’une table de vérité.
Table 2.2.15. Table de vérité de \((p\wedge (p\rightarrow q))\rightarrow q\)
\(p\) \(q\) \((p\rightarrow q)\) \(p\wedge (p\rightarrow q)\) \((p\wedge (p\rightarrow q))\rightarrow q \)
V V V V V
V F F F V
F V V F V
F F V F V
Puisque cette proposition est toujours vraie, il s’agit bien d’une tautologie.
2.
Déterminer si \(p\rightarrow (q\wedge r)\) est équivalent à \((p\rightarrow q)\wedge (p\rightarrow r)\text{,}\) à savoir si l’implication se distribue sur la conjonction.
Solution.
On a que
\begin{align*} p\rightarrow (q \wedge r) &\equiv \neg p \vee (q\wedge r) && \text{par } \knowl{./knowl/xref/ex-implicationsansfleche.html}{\text{2.2.8}}\\ & \equiv (\neg p \vee q )\wedge (\neg p \vee r) &&\text{par la distributivité.} \\ &\equiv (p\rightarrow q)\wedge (p\rightarrow r) && \text{par } \knowl{./knowl/xref/ex-implicationsansfleche.html}{\text{2.2.8}} \end{align*}
3.
Démontrer les équivalences suivantes sans utiliser de table de vérité.
(a)
\(\neg(p\vee(\neg p\wedge q))\equiv \neg(p\vee q)\)
Solution.
\begin{align*} \neg (p \vee (\neg p \wedge q)) & \equiv \neg p \wedge \neg(\neg p \wedge q) && \text{par De Morgan.} \\ & \equiv \neg p \wedge (\neg\neg p \vee \neg q) && \text{par De Morgan.} \\ & \equiv \neg p \wedge (p \vee \neg q)\\ & \equiv (\neg p \wedge p) \vee (\neg p \wedge \neg q) &&\text{par distributivité.} \\ & \equiv (F)) \vee (\neg p \wedge \neg q) && \text{par la négation.} \\ & \equiv (\neg p \wedge \neg q) &&\text{par l'identité.} \\ &\equiv \neg( p \vee q) &&\text{par De Morgan.} \end{align*}
(b)
\((p\rightarrow \neg q)\wedge (p\rightarrow \neg r)\equiv \neg( p\wedge(q\vee r))\)
Solution.
\begin{align*} \neg (p \wedge (q \vee r)) &\equiv \neg p \vee \neg(q \vee r) &&\text{par De Morgan.} \\ & \equiv \neg p \vee (\neg q \wedge \neg r) &&\text{par De Morgan.} \\ & \equiv (\neg p \vee \neg q) \wedge (\neg p \vee \neg r) &&\text{par distributivité.} \\ &\equiv (p \rightarrow \neg q) \wedge ( p \rightarrow \neg r) && \text{par }\knowl{./knowl/xref/ex-implicationsansfleche.html}{\text{2.2.8}} \end{align*}
4.
Montrer que \(\neg (p\oplus q)\equiv \neg p\oplus q\equiv p\oplus \neg q\text{.}\)
Réponse.
À l’aide de la table de vérité, on a
Table 2.2.16. Table de vérité de \(\neg(p \oplus q)\text{,}\) \(\neg p \oplus q\) et \(p \oplus \neg q\)
\(p\) \(q\) \(\neg p\) \(\neg q\) \((p\oplus q)\) \(\neg (p\oplus q)\) \(\neg p\oplus q\) \(p\oplus \neg q\)
V V F F F V V V
V F F V V F F F
F V V F V F F F
F F V V F V V V
Puisque les trois propositions ont toujours la même valeur de vérité, elles sont équivalentes.
5.
Batman a capturé le Sphynx et lui demande d’avouer ses plus récents crimes. Le sphynx étant ce qu’il est, il propose au chevalier noir l’énigme suivante. Il lui dit:
J’ai capturé la fille du commissaire Gordon ou posé la bombe dans la banque de Gotham. De plus si j’ai piraté les archives du palais de justice, alors j’ai donné un pot-de-vin à un procureur. Par contre je n’ai pas donné de pot-de-vin ni incendié l’hôpital.
Connaissant bien le Sphynx, Batman sait que tout ce qu’il vient d’affirmer est faux. Il réussit à déterminer les deux crimes commis par le Sphynx. Que sont-ils?
Solution 1.
Sachant que l’énoncé “J’ai capturé la fille du commissaire Gordon ou posé la bombe dans la banque de Gotham.” est fausse, on sait que le Sphynx n’a ni capturé la fille du commissaire Gordon ni posé la bombe dans la banque de Gotham.
Sachant que l’énoncé “Si j’ai piraté les archives du palais de justice, alors j’ai donné un pot-de-vin à un procureur.” est fausse, on sait que le Sphynx a piraté les archives du palais de justice, mais il n’a pas donné un pot-de-vin à un procureur.
Sachant que l’énocné “Je n’ai pas donné de pot-de-vin ni incendié l’hôpital” est fausse. alors soit il a donné un pot-de-vin, soit il a incendié l’hôpital. On sait déjà qu’il n’a pas donné de pot-de-vin, on sait qu’il doit avoir incendié l’hôpital.
Solution 2.
On pose
  • \(p\text{:}\) “J’ai capturé la fille du commissaire Gordon.”;
  • \(q\text{:}\) “J’ai posé la bombe dans la banque de Gotham.”;
  • \(r \text{:}\) “J’ai piraté les archives du palais de justice.”;
  • \(s \text{:}\) “J’ai donné un pot-de-vin à un procureur.”;
  • \(t \text{:}\) “J’ai incendié l’hôpital.”.
On veut donc trouver les deux propositions qui sont vraies. Avec cette notation, on peut traduire chacune des phrases du Sphynx comme suit:
  • \(p \vee q \) : “J’ai capturé la fille du commissaire Gordon ou posé la bombe dans la banque de Gotham.”;
  • \(r \rightarrow s\) : “Si j’ai piraté les archives du palais de justice, alors j’ai donné un pot-de-vin à un procureur.”;
  • \(\neg s \wedge \neg t\) : “Je n’ai pas donné de pot-de-vin ni incendié l’hôpital.”.
Puisque chacune de ces phrases est fausse, on sait que la négation de chacune d’elle est vraie. Ainsi, les propositions suivantes sont vraies:
  • \(\neg (p \vee q) \equiv \neg p \wedge \neg q\text{,}\) et donc \(p\) est fausse et \(q\) est fausse.
  • \(\neg (r \rightarrow s) \equiv r \wedge \neg s\text{,}\) et donc \(r\) est vraie alors que \(s\) est fausse.
  • \(\neg(\neg s \wedge \neg t)\equiv s \vee t\text{,}\) et donc on sait que soit \(s\) est vraie ou bien \(t\) est vraie. Par la partie précédente, on sait que \(s\) est fausse, et donc \(t\) doit être vraie.
On en conclut que le Sphynx a piraté les archives du palais de justice et il a incendié l’hôpital.
6.
Donner une forme normale disjonctive et une forme normale conjonctive de \(p\oplus q\text{.}\)
Solution.
D’une part, la proposition \(p \oplus q\) est vraie uniquement lorsque \(p\) est vraie et \(q\) est fausse, ou \(p\) est fausse et \(q\) est vraie.
Ainsi \(p \oplus q \equiv (p \wedge \neg q)\vee(\neg p \wedge q)\text{.}\)
D’autre part, la proposition \(\neg(p \oplus q)\) est vraie uniquement lorsque \(p\) et \(q\) sont vraies, ou \(p\) et \(q\) sont fausses. Ainsi, \(\neg(p \oplus q)\equiv (p \wedge q)\vee(\neg p \wedge \neg q)\text{.}\) En prennant la négation de cette proposition, on obtient:
\begin{align*} p \oplus q \equiv \neg(\neg(p \oplus q))&\equiv \neg ( (p \wedge q)\vee(\neg p \wedge \neg q) )\\ &\equiv \neg (p \wedge q)\wedge\neg(\neg p \wedge \neg q) \\ &\equiv (\neg p \vee \neg q)\wedge(\neg\neg p \vee \neg\neg q) \\ &\equiv (\neg p \vee \neg q)\wedge(p \vee q) \end{align*}
7.
Transformer l’expression \((\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee \neg q)\) en forme normale disjonctive en utilisant une table de vérité.
Solution.
Voici la table de vérité abrégée de l’expression \((\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee \neg q)\text{.}\) On laisse au lecteur le soin de vérifier les étapes intermédiaires.
Table 2.2.17. Table de vérité de \((\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee \neg q)\)
\(p\) \(q\) \(r\) \((\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee \neg q)\)
V V V V
V V F F
V F V F
V F F F
F V V V
F V F V
F F V F
F F F F
Ainsi, une forme normale disjonctive de la proposition est \((\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee \neg q)\) est \((p\wedge q\wedge r)\vee(\neg p\wedge q\wedge r)\vee(\neg p\wedge q\wedge \neg r)\)
Remarque: Il est possible de simplifier cette expression et obtenir \((r\wedge q)\vee(\neg p \wedge q \wedge \neg r)\text{.}\) On laisse en exercice au lecteur le soin d’utiliser les propriétés 2.2.5 pour vérifier cette simplification.
8.
Transformer l’expression \((\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee \neg q)\) en forme normale conjonctive en utilisant une table de vérité.
Solution.
On obtient la table de vérité de \(\neg((\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee \neg q))\) à partir de celle de l’exercice 2.2.4.7:
Table 2.2.18. Table de vérité de \(\neg((\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee \neg q))\)
\(p\) \(q\) \(r\) \(\neg((\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee \neg q))\)
V V V F
V V F V
V F V V
V F F V
F V V F
F V F F
F F V V
F F F V
Ainsi, une (longue) forme normale disjonctive pour la négation de notre proposition est
\begin{equation*} \neg((\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee \neg q)) \equiv (p\wedge q\wedge \neg r)\vee (p\wedge\neg q \wedge r)\vee (p\wedge \neg q \wedge \neg r)\vee(\neg p \wedge\neg q\wedge r)\vee(\neg p \wedge\neg q \wedge \neg r) \end{equation*}
En prenant une deuxième fois la négation, trouve la forme normale conjonctive suivante:
\begin{align*} (\neg p \wedge q) \vee \neg (\neg r \vee \neg q) \amp\equiv \neg ((p\wedge q\wedge \neg r)\vee (p\wedge\neg q \wedge r)\vee (p\wedge \neg q \wedge \neg r)\vee(\neg p \wedge\neg q\wedge r)\vee(\neg p \wedge\neg q \wedge \neg r))\\ \amp \equiv (\neg p\vee \neg q \vee r)\wedge (\neg p\vee q \vee \neg r)\wedge (\neg p \vee q\vee r)\wedge(p\vee q\vee \neg r)\wedge(p\vee q\vee r) \end{align*}
9.
Donner une forme normale disjonctive et une forme normale conjonctive des propositions suivantes.
(a)
\((p\vee q)\rightarrow(p\oplus q)\)
Réponse.
  • Forme normale disjonctive: \((p\vee q)\rightarrow(p\oplus q)\equiv (p\wedge \neg q)\vee(\neg p \wedge q)\vee(\neg p \vee \neg q)\)
  • Forme normale conjonctive: \((p\vee q)\rightarrow(p\oplus q)\equiv (\neg p \vee \neg q)\)
(b)
\((p\vee q)\rightarrow(\neg p\wedge r)\)
Réponse.
  • Forme normale disjonctive: \((p\vee q)\rightarrow(\neg p\wedge r)\equiv (\neg p\wedge q \wedge r)\vee(\neg p\wedge \neg q \wedge r)\vee(\neg p\wedge \neg q \wedge \neg r)\)
  • Forme normale conjonctive: \((p\vee q)\rightarrow(\neg p\wedge r)\equiv \neg p \wedge (\neg q \vee r)\)
(c)
\((p\leftrightarrow q)\oplus(\neg p\leftrightarrow q)\)
Réponse 1.
Cette proposition est toujours vraie, et donc on peut écrire \((p\leftrightarrow q)\oplus(\neg p\leftrightarrow q)\equiv V \text{,}\) qui est par défaut une forme normale conjonctive et disjonctive.
Réponse 2.
  • Forme normale disjonctive: \((p\leftrightarrow q)\oplus(\neg p\leftrightarrow q)\equiv (p\wedge q )\vee( p\wedge \neg q)\vee(\neg p\wedge q \wedge)\vee(\neg p\wedge \neg q \wedge)\)
  • Forme normale conjonctive: \((p\leftrightarrow q)\oplus(\neg p\leftrightarrow q)\equiv (p\vee \neg p)\wedge(q\vee \neg q)\text{.}\)
10.
Donner une proposition sous forme normale disjonctive qui possède la table de vérité suivante.
(a)
Table 2.2.19. Table de vérité de \(f(p,q,r)\)
\(p\) \(q\) \(r\) \(f(p,q,r)\)
V V V V
V V F V
V F V V
V F F F
F V V V
F V F F
F F V F
F F F V
Réponse.
\(f(p,q,r)\equiv (p \wedge q \wedge r)\vee(p \wedge q \wedge \neg r)\vee (p \wedge \neg q \wedge r)\vee(\neg p \wedge q \wedge r)\vee(\neg p \wedge \neg q \wedge \neg r)\)
(b)
Table 2.2.20. Table de vérité de \(f(p,q)\)
\(p\) \(q\) \(f(p,q)\)
V V F
V F V
F V V
F F F
Réponse.
\(f(p,q) \equiv (p \wedge \neg q)\vee(\neg p \wedge q)\)

Exercices supplémentaires.

11.
Utiliser les autres équivalences de la logique pour démontrer les propriétés d’absorption.
Solution 1.
\begin{align*} p\wedge(p\vee q) &\equiv (p\vee F)\wedge(p\vee q) &&\text{par identité.} \\ & \equiv p \vee (F \wedge q ) &&\text{par distributivité.} \\ & \equiv p \vee F &&\text{par domination.} \\ &\equiv p && \text{par identité.} \end{align*}
Solution 2.
\begin{align*} p\vee(p\wedge q) &\equiv (p\wedge V)\vee(p\wedge q) &&\text{par identité.} \\ & \equiv p \wedge (V \vee q ) &&\text{par distributivité.} \\ & \equiv p \wedge V &&\text{par domination.} \\ &\equiv p && \text{par identité.} \end{align*}
12.
Utiliser les lois de De Morgan pour donner la négation des propositions suivantes.
(a)
Alex est en sciences de la nature et Omar est en sciences, informatique et mathématiques.
Réponse.
Alex n’est pas en sciences de la taure ou Omar n’est pas en sciences, informatique et mathématiques.
(b)
L’autobus est en retard ou ma montre est en avance.
Réponse.
L’autobus n’est pas en retard et ma montre n’est pas en avance.
(c)
Une année est bissextile si elle est divisible par \(4\) mais pas par \(100\text{,}\) ou si elle est divisible par \(400\text{.}\)
Réponse.
Une année est divisible par \(4\text{,}\) mais pas par \(100\) ou elle est divisible par \(400\text{,}\) mais n’est pas bissextile.
(d)
J’ai trois enfants et un chien, ou j’ai un chat ou une fille.
Réponse.
Je n’ai pas trois enfant ou je n’ai pas de chien et je n’ai pas de chat et je n’ai pas de fille.
13.
Donner une proposition sous forme normale disjonctive qui possède la table de vérité suivante.
(a)
Table 2.2.21. Table de vérité de \(f(p,q)\)
\(p\) \(q\) \(f(p,q,r)\)
V V V
V F F
F V V
F F V
Solution.
On reconnait la table de vérité de l’implication \(p\rightarrow q\text{.}\) On sait qu’elle peut s’écrire \(p\wedge \neg q\text{,}\) mais cela est une forme normale conjonctive. En regardant les lignes rendant la proposition vraie dans la table, on trouve
\begin{equation*} p\rightarrow q \equiv (p\wege q)\vee (\neg p \wedge q)\vee (\neg p\wedge \neg q)\text{.} \end{equation*}
(b)
Table 2.2.22. Table de vérité de \(f(p,q,r)\)
\(p\) \(q\) \(r\) \(f(p,q,r)\)
V V V V
V V F F
V F V V
V F F F
F V V F
F V F F
F F V V
F F F F
Solution.
On regarde les lignes qui sont vraies dans la table et on obtient
\begin{equation*} f(p,q,r)\equiv (p\wedge q\wedge r)\vee (p\wedge \neg q\wedge r)\vee (\neg p\wedge \neg q\wedge r)\text{.} \end{equation*}
14. La barre de Sheffer.
On a vu qu’on pouvait réduire le nombre d’opérateurs nécessaires pour décrire des propositions à trois, en utilisant la conjonction, la disjonction et la négation. Pour cela, on a pu réécrire les implications simple et double et le ou exclusif avec ces trois opérateurs. Il existe un opérateur particulier qui possède la propriété que tous les autres opérateurs peuvent s’écrire uniquement avec cet opérateur. On l’appelle la barre de Sheffer, définie comme suit:
Table 2.2.23. Table de vérité de la barre de Sheffer
\(p\) \(q\) \(p\uparrow q\)
V V F
V F V
F V V
F F V
En utilisant des tables de vérité, montrer que :
(a)
\begin{equation*} p\uparrow q\equiv \neg(p\wedge q)\text{;} \end{equation*}
On appelle souvent la barre de Sheffer le “NAND” en informatique, car c’est la négation (N) du et (AND).
Solution.
On ajoute les colonnes \(p\wedge q\) et sa négation dans la table pour constater l’équivalence.
Table 2.2.24. Table de vérité de la barre de Sheffer
\(p\) \(q\) \(p\uparrow q\) \(p\wedge q\) \(\neg(p\wedge q)\)
V V F V F
V F V F V
F V V F V
F F V F V
(b)
Montrer que \(\neg p\equiv p\uparrow p\text{.}\)
Réponse.
Table 2.2.25. Équivalence entre <dollar><backslash>neg p<dollar> et <dollar>p<backslash>uparrow p<dollar>
\(p\) \(\neg p\) \(p\uparrow p\)
V F F
F V V
(c)
Montrer que \(p\wedge q\equiv (p\uparrow q)\uparrow(p\uparrow q)\text{.}\)
Réponse.
Table 2.2.26. Équivalence entre <dollar>p<backslash>wedge q<dollar> et <dollar>(p<backslash>uparrow q)<backslash>uparrow(p<backslash>uparrow q)<dollar>
\(p\) \(q\) \(p\wedge q\) \(p\uparrow q\) \((p\uparrow q)\uparrow(p\uparrow q)\)
V V V F V
V F F V F
F V F V F
F F F V F
(d)
Montrer que \(p\vee q\equiv (p\uparrow p)\uparrow(q\uparrow q)\text{.}\)
Réponse.
Table 2.2.27. Équivalence entre <dollar>p<backslash>vee q<dollar> et <dollar>(p<backslash>uparrow p)<backslash>uparrow(q<backslash>uparrow q)<dollar>
\(p\) \(q\) \(p\vee q\) \(p\uparrow p\) \(q\uparrow q\) \((p\uparrow p)\uparrow(q\uparrow q)\)
V V V F F V
V F V F V V
F V V V F V
F F F V V F
(e)
Montrer que \(p\rightarrow q\equiv p\uparrow(q\uparrow q)\text{.}\)
Réponse.
Table 2.2.28. Équivalence entre <dollar>p<backslash>rightarrow q<dollar> et <dollar>p<backslash>uparrow(q<backslash>uparrow q)<dollar>
\(p\) \(q\) \(p\rightarrow q\) \(q\uparrow q\) \(p\uparrow(q\uparrow q)\)
V V V F V
V F F V F
F V V F V
F F V V V
15.
Démontrer à nouveau les équivalences de l’exercice 2.2.4.14 en utilisant la définition de la barre de Sheffer et les propriétés des opérateurs logiques.
Solution.
  1. En regardant la table de vérité de la barre de Sheffer, on peut écrire une forme normale disjonctive équivalente et la simplifier. On obtient
    \begin{align*} p\uparrow q &\equiv (p\wedge \neg q)\vee (\neg p \wedge q)\vee (\neg p\wedge \neg q)\\ &\equiv (p\wedge \neg q)\vee ((\neg p \wedge q)\vee (\neg p\wedge \neg q))\\ &\equiv (p\wedge \neg q)\vee (\neg p \wedge (q\vee \neg q)) && \text{ distributivité à l'envers} \\ &\equiv (p\wedge \neg q)\vee (\neg p \wedge V) \\ &\equiv (p\wedge \neg q) \vee \neg p & & \text{ identité}\\ &\equiv (p\vee \neg p)\wedge (\neg q \vee \neg p) & & \text{ distributivité}\\ &\equiv V\wedge (\neg q \vee \neg p)\\ &\equiv (\neg q \vee \neg p) \\ &\equiv \neg (q\wedge p)\text{.} \end{align*}
  2. En vertu de la partie précédente, on sait que \(p\uparrow p\equiv \not (p\wedge p)\text{.}\) En simplifiant, ceci devient \(\neg p\vee \neg p\equiv \neg p\text{.}\)
  3. On procède en simplifiant l’expression à l’aide des propriétés des opérateurs logique.
    \begin{align*} (p\uparrow q)\uparrow(p\uparrow q)&\equiv \neg(p\wedge q)\uparrow \neg(p\wedge q) && \text{ selon } \knowl{./knowl/xref/exo-NAND.html}{\text{2.2.4.14.a}}\\ &\equiv \neg (\neg(p\wedge q)\wedge \neg (p \wedge q)) && \text{ toujours selon } \knowl{./knowl/xref/exo-NAND.html}{\text{2.2.4.14.a}}\\ &\equiv (p\wedge q)\vee (p\wedge q) & &\text{ par De Morgan et la négation de la négation} \\ & \equi p\wedge q && \text{par l'idempotence du «ou»} \end{align*}
  4. Cette fois, on part du côté droit pour arriver à \(p\vee q\text{.}\) Par la partie 2.2.4.14.a, on peut conclure que \(\neg (p\uparrow q)\equiv p\wedge q\text{.}\) On a ainsi
    \begin{align*} (p\uparrow p)\uparrow(q\uparrow q)& \equiv \neg \neg (p\uparrow p)\uparrow(q\uparrow q)\\ &\equiv \neg ((p\uparrow p)\wedge(q\uparrow q)) && \text{selon } \knowl{./knowl/xref/exo-NAND.html}{\text{2.2.4.14.a}}\\ &\equiv \neg (p\uparrow p)\vee \neg (q\uparrow q)\\ &\equiv p\vee q && \text{ selon } \knowl{./knowl/xref/exo-negSheffer.html}{\text{2.2.4.14.b}}\text{.} \end{align*}
  5. Puisque \(p\rightarrow q \equiv \neg p \vee q\text{,}\) on a
    \begin{align*} p\rightarrow q &\equiv \neg p \vee q\\ &\equiv \neg p \vee \neg (q\uparrow q) && \text{ selon } \knowl{./knowl/xref/exo-negSheffer.html}{\text{2.2.4.14.b}}\\ &\equiv \neg (p\wedge (q\uparrow q))\\ &\equiv p\uparrow (q\uparrow q) \text{.} \end{align*}